Sainte-Marguerite-d'Youville

Naissance à Varennes

« Le seizième jour du mois d’octobre de l’année mil sept cent un par F. Guillaume Bulteau à ce sub délégué, a été baptisée Marie Marguerite fille de Christophe Dufrost Écuyer Sieur de la Jemmerais, Lieutenant dans les troupes, et de Damoiselle Renée Gaultier de Varennes, sa femme, née le jour précédent, le parrain a été Jacques René Gaultier de Varennes et la marraine Marie Marguerite Gaultier de Varennes lesquels ont signé. »

Sa famille

Marie-Marguerite est l’aînée d’une famille de six enfants. Ses frères Charles et Joseph deviendront prêtres tandis que Christophe accompagnera son oncle Pierre Gaultier de Varennes et de la Vérendrye, dans ses expéditions dans l’Ouest canadien. Ses sœurs Marie-Clémence et Marie- Louise épouseront respectivement Pierre Gamelin Maugras et Ignace Gamelin, des marchands montréalais.

Son enfance

Marguerite n’avait pas sept ans au décès de son père, le premier juin 1708. La famille connut alors une longue période d’insécurité et de dénuement, car la solde d’un officier ne suffisait qu’aux besoins immédiats d’une famille et la pension accordée aux veuves d’officier mit bien du temps à venir. Sans doute que Pierre Boucher eut l’occasion d’accueillir chez lui à Boucherville les orphelins de sa petite-fille, Marie-Renée.

Vers Montréal

En 1719, la mère de Marguerite se remarie avec un médecin irlandais, Timothy Sullivan, connu aussi sous le nom de Timothy Sylvain. En 1721, les époux Sullivan et les enfants Lajemmerais viennent s’établir à Montréal, rue St-Vincent.

Le mariage

En août 1722, un brillant mariage unit François-Madeleine d’Youville à Marguerite Dufrost de la Jemmerais. Elle ira vivre avec sa belle-mère Mme You de la Découverte, « qui, étant près de ses pièces, lui rendit la vie dure, et elle y vécut aussi retirée que dans un couvent », écrira Charles, son fils, qui sera son premier biographe.

Les d'Youville

L’opinion publique se dressera contre eux et les premières années de mariage de Marguerite en seront assombries. Le bonheur n’était décidément pas au rendez-vous.

Épouse et mère

Charles nous dira, dans la biographie de sa mère qu’il écrivit, que les difficultés et les épreuves rencontrées par Marguerite dans son mariage lui firent verser des larmes amères et que « la bonté de son cœur était telle que toute l’indifférence et la dureté de son mari pour elle ne l’empêchèrent point d’être extrêmement affligée de sa mort ».

La confrérie de la Sainte-Famille

C’est une association qui remonte à la fondation de Montréal et qui connaîtra un grand essor sous l’influence de Mgr François de Laval. De nombreuses femmes laïques de toutes conditions s’y engagent.

Une nouvelle voie

À la mort de son mari, Marguerite a la charge de deux enfants et elle est enceinte d’un sixième qui ne survivra pas. Ayant bien connu la pauvreté, elle s’applique à adoucir la vie des démunis, visitant les malades, raccommodant les vêtements des personnes réfugiées à l’Hôpital Général.

Une nouvelle association

Au cours de 1737, Marguerite pose une série de gestes concrets qui l’amènent vers un engagement spécial. Elle jette ainsi les bases d’une vie donnée au service des pauvres.

La Maison Le Verrier

Le 30 octobre 1738, Marguerite d’Youville et ses compagnes s’installent dans la maison qu’elles ont louée de Mme Le Verrier, un édifice assez grand pour y accueillir une dizaine de personnes.

Une épreuve décisive

La Maison Le Verrier est la proie des flammes le 31 janvier 1745. La veuve d’Youville et sa maisonnée se retrouvent à la rue. La réprobation populaire fera qu’il leur sera difficile de se reloger.

L'appui des prêtres de Saint-Sulpice

Une association de prêtres venus de France en 1657, connue sous le nom de Prêtres de Saint-Sulpice ou Sulpiciens, a joué un grand rôle dans la fondation de Ville-Marie et la consolidation des activités pastorales et seigneuriales. Ils dirigent la paroisse Notre-Dame qui accueillera la famille de Marguerite quand elle quittera Varennes.

L'Hôpital Général

En 1694, des lettres patentes venues du Roi de France autorisent la fondation d’une communauté religieuse masculine à laquelle la population de Montréal donne le nom de « Frères Charon » à cause de son fondateur, François Charon. Après la mort du fondateur, cette œuvre ne survivra pas et, en 1747, l’administration de l’Hôpital Général est confiée à la communauté de la veuve d’Youville.

Un engagement controversé

Après trois ans de durs labeurs pour relever l’Hôpital Général de ses ruines et pour mieux y accueillir plus de pauvres, Marguerite apprend sur la place publique que les autorités suppriment cette œuvre pour l’unir à l’Hôpital Général de Québec et qu’elle en perd la gestion.

La défense des droits

Marguerite écrit à cette époque plusieurs lettres dont on a encore des copies manuscrites et ira à Québec pour établir la vérité sur son administration à la suite des allégations de M. Bigot et pour défendre les droits des pauvres de Montréal.

La reconnaissance officielle

C’est le 3 juin 1753 que le Roi signe des lettres patentes par lesquelles il donne une existence légale à la communauté que forment Marguerite d’Youville et ses compagnes et leur confie l’administration de l’Hôpital Général de Montréal.

La Mission grandit

Épidémies, mauvaises récoltes, disette et la guerre les obligent à beaucoup d’ingéniosité pour survivre et répondre aux besoins des personnes de plus en plus nombreuses qui cherchent un refuge à l’Hôpital Général. On y accueille, entre autres, les prisonniers et les soldats blessés à la demande de l’intendant Bigot.

Une terrible épreuve

Le 18 mai 1765, le feu anéantit l’Hôpital Général en quelques heures. Marguerite se retrouve à la rue avec sa famille comptant 17 sœurs et 96 pensionnaires dont 18 enfants.

Les prêtres dans la famille de Marguerite

Pierre Boucher, l’aïeul de Marguerite, compte onze prêtres parmi ses descendants sur quatre générations. « Famille sacerdotale », écrira François dans une lettre à son évêque.

L'Ultime rencontre

Au soir de 23 décembre 1771, Marguerite est terrassée par une troisième attaque de paralysie. Des passants remarquent alors une croix lumineuse dans le ciel au-dessus de l’Hôpital-Général tandis qu’elle confie aux sœurs qui l’entourent ses dernières volontés.

Le rayonnement de sa vie

La vie de Marguerite d’Youville inspirera des milliers de personnes à travers le temps. La cause de sa canonisation est introduite à Rome en 1890. Le 3 mai 1959, le pape Jean XXIII la déclare bienheureuse et lui donne le titre de Mère à la charité universelle. Le 9 décembre 1990, le pape Jean-Paul II procède à Rome à la canonisation de la première sainte née en sol canadien.